CHERCHEZ LA FEMME : Notre rencontre avec Camélia Jordana, Sou Abadi et Félix Moati

Sou Abadi entourée de Félix Moati et Camélia Jordana

Sou Abadi entourée de Félix Moati et Camélia Jordana

A l’occasion de l’avant-première du film Cherchez la Femme, EspritCine a rencontré Sou Abadi, réalisatrice, Félix Moati et Camélia Jordana, acteurs.

« C’est un film qui défend l’Islam face à la radicalisation »

 

Votre film aborde un sujet assez personnel. Pour faire un premier film, faut-il nécessairement avoir une certaine matière personnelle ?

Sou Abadi : Je ne pense pas qu’il faille nécessairement avoir une expérience personnelle mais je pense que quoi que l’on fasse, à partir du moment où on fait une offre dans sa vie on met de soi même. Que ce soit un peintre, un écrivain où un cinéaste. Donc je pense souvent que les œuvres ressemblent aux créateurs.

Félix, vous êtes, vous aussi, réalisateur et vous avez également inclus des aspects personnels dans votre court-métrage.

Félix Moati : Évidemment, c’est ma vision du cinéma. C’est à dire que parler de soi à travers les films que l’on fait, que ce soit en tant que réalisateur ou en tant qu’acteur c’est une manière de renseigner les gens sur son propre rapport au monde et je pense que plus on est intime plus on a la chance et la possibilité de toucher des gens puisqu’on traverse tous à peu près les mêmes sentiments, les mêmes angoisses, les mêmes peurs, les mêmes joies, les mêmes chagrins, les mêmes absences…

Est-ce qu’il y a eu une tentation, en tant que nouveau réalisateur, d’avoir un regard de réalisateur plus que d’acteur sur ce film ?

Félix Moati : Ah non jamais !

Sou Abadi : On n’a jamais été dans ce genre de rapport.

Félix Moati : Non, et je ne le serai jamais. Je m’intéresse à ce que fait Sou, à sa manière de mettre en scène. Je m’intéresse à sa manière de diriger les acteurs. Je lui vole ses bonnes idées aussi (il rit). Mais sinon jamais je ne me permettrait et je ne me sentirait capable de lui donner des conseils.

Un des thèmes centraux est le port du voile, le rapport à la religion, à la spiritualité. Est-ce que vous avez été tentés, en abordant ce sujet là, d’aborder à un moment donné le coté des fondamentalistes, des djihadistes, etc… ? Ou est-ce que vous avez tout de suite décidé d’être dans la comédie ou du moins dans quelque chose de pas forcément léger mais moins brutal ?

Sou Abadi : De toute façon je voulais aborder ce sujet dès le départ mais à travers une comédie. Il n’a jamais été question que je touche à cette histoire d’une autre manière que la comédie. Parce que de toute façon d’autres films avaient été fait sous l’angle de la tragédie donc je me voyais mal revenir sur ces questions sous le même angle, et puis pour moi c’était important d’en rire et de faire passer un agréable moment au spectateur car je trouve que depuis quelques années en France nous avons beaucoup été confronté à l’aspect tragique. Le moment était venu d’en rire.

Justement, est-ce que le fait d’aborder ce sujet sur le ton de la comédie ne pourrait pas heurter certaines personnes pour qui ce sujet et associé à la tragédie ?

Sou Abadi : Non je ne pense pas. J’ai été très prudente dans mon film et je pense que je n’ai pas offensé qui que ce soit, le propos du film est très respectueux. Je ris de moi même avant tout, de mes parents, des clandestins, des étudiants de science-po, de l’élite de ce pays. Je me moque de tout le monde poliment, avec bienveillance. J’ai vraiment tout fait pour ne pas heurter qui que ce soit. Je pense que si quelqu’un se sent offensé par ce film c’est qu’il n’a rien compris.

Est-ce que certaines personnes ont vu en votre film un blasphème ?

Sou Abadi : Non, absolument pas.

Camélia Jordana : Après sans pour autant être religieux ou religieuse les blasphèmes s’entendent ou se voient. Je pense que n’importe quelle personne n’étant pas musulmane peut voir un blasphème. L’intelligence de Sou justement c’est que de part sa bienveillance elle considère le spectateur et donc l’intelligence du spectateur, du coup il y a une certaine confiance je trouve.

Sou Abadi : Mon propos c’était aussi de montrer à travers ce film qu’une autre spiritualité était possible. Ce n’est pas parce que l’on est musulman que les gens doivent avoir forcément peur de quelqu’un qui a une foi et qui la pratique. Mais il faut que cette foi soit pratiquée dans la spiritualité et de manière privée, il ne faut pas qu’elle devienne un étendard politique.

« Je ne me suis jamais censurée »

 

Donc vous ne diriez pas que vous avez fait un film politique ?

Sou Abadi : Bien sur que j’ai fait un film politique. Tout est politique à mon avis.

Camélia, vous avez récemment joué une femme voilée dans plusieurs films, dans Je suis à vous tout de suite et dans Nous trois ou rien. Avez-vous effectué une réflexion sur le port du voile ?

Camélia Jordana : De fait la question s’est posée, dans Je suis à vous tout de suite quand je me suis vue voilée dans le miroir j’ai été très émue et j’ai regardé ailleurs parce que ça me dérangeait énormément. Je pense aussi que ça me renvoyait à certaines cousines de ma famille qui elles sont nées en Algérie et pour qui la question ne s’est pas posée parce que la tradition veut quelles portent le voile. Ce n’est pas quelque chose que je leur considère comme imposé mais ce n’est pas quelque chose que je considère comme libre non plus. Dans l’absolue, me concernant, je suis complètement contre le voile et avec ma double culture et mon éducation de femme libre occidentale je considère que me mettre un voile sur la tête me réduirait à mon état physique et nierait complètement ce qu’il y a à l’intérieur de ma tête. C’est quelque chose que je ne pourrais pas tolérer, qui me rendrait complètement folle. En revanche je trouve ça très bien que tout le monde soit libre de se voiler la tête ou non, de mettre des casquettes ou non…

Sou Abadi : A propos de votre dernière question, je voudrais revenir sur le fait d’avoir heurté ou non certaines sensibilités. Je ne me suis jamais censurée et pour tout ce qui était question purement religieuse j’ai fait appel à une cousine qui connaît le Coran de A à Z, elle est croyante et pratiquante elle même. Elle m’a beaucoup guidé pour toutes les questions concernant les textes et le Coran. Certains membres de ma famille sont musulmans pratiquants et ils ont beaucoup aimé le film et ils ont beaucoup ri. Lors de nos avant-premières il y avait des gens musulmans qui venaient aux débats à la fin du film pour me remercier d’avoir abordé ce sujet.

Camélia Jordana : C’est justement un film qui défend l’Islam face à la radicalisation justement, c’est sa richesse.

« Jouer Shéhérazade m’a ouvert une réalité qui n’était pas la mienne »

 

Félix, comment était-ce de jouer une femme voilée ?

Félix Moati : Jouer une femme voilée c’est comme jouer n’importe quelle femme, je pense que je ne l’ai pas abordé différemment. Mais c’était extrêmement  jouissif, c’est le déguisement absolu, c’est ça qui me plaisait. ce qui m’intéressait c’est que Shéhérazade ait un discours spirituel, un discours où le langage et les mots sont très importants. Ça m’a ouvert une réalité qui n’était pas la mienne et j’ai senti de l’hostilité dans le regard, de l’animosité et de la peur, et ça m’a vraiment fait de la peine donc je suis devenu le défenseur de Shéhérazade comme Armand devient le défenseur de Shéhérazade dans le film.

Vous êtes vous amusé avec le regard ? 

Félix Moati : C’est le regard et le corps empêché donc il y a quelque chose de burlesque, il faut accentuer le trait et ça c’est très plaisant. Il y a un truc un peu à la Bugs Bunny, à la Buster Keaton. Il faut rendre le regard excessif et ça me plaisait. Mais je voulais que Shéhérazade ai de l’allure, qu’elle soit maquillée, qu’elle ai des talons rouges.

Pour ce qui est de la voix, c’est vous qui avez proposé quelque chose ?

Félix Moati : Jusqu’à la veille du premier jour je ne savais pas vraiment. Mais si tu connais ton personnage la voix va venir naturellement. D’ailleurs je ne pense avoir la même voix qu’Armand dans la vie. De toute façon, que tu joues un rôle ou un autre, ta voix est transformée, même malgré toi.

 

Cherchez La Femme – La Critique

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