ÔTEZ-MOI D’UN DOUTE – Notre rencontre avec Carine Tardieu

Carine Tardieu

Carine Tardieu



 

A l’occasion de l’avant-première d’Ôtez-moi d’un doute, EspritCine a rencontré la réalisatrice Carine Tardieu.

 

 

« Cette histoire m’a touchée et m’a poussée à m’interroger sur qu’est-ce qu’être père. »

 

 

 

Vous sortez des longs métrages tous les 5 ans. Pourquoi ce laps de temps ?

 

« En général, je tourne autour d’un sujet. J’ai une envie de parler de quelque chose mais je ne sais pas par quel biais l’aborder. Il y a déjà un premier temps pendant lequel je cherche, je fais des brouillons que je jette à la poubelle, j’esquisse des idées d’histoire et je les mets au panier. Jusqu’à ce qu’une idée sur laquelle je peux implanter mon sujet vienne et m’accroche. A partir du moment où j’ai l’histoire, cela peut aller relativement vite. Je prends alors un an et demi ou deux ans pour écrire le scénario, ce qui est un temps normal d’écriture. Vient ensuite le temps de la réalisation. En tout, cela fait cinq ans. »

Vous disiez aimer filmer le travail, comme Claude Sautet. Pourquoi est-ce important à vos yeux ?

« D’une part ça raconte le personnage : la manière dont il est au travail et dont il se comporte. D’autre part, ça nourrit les scènes. Cela permet, dans ce film là entre autres, beaucoup de métaphores et au comédien de s’inscrire dans un rôle, de nourrir son personnage. Dans la vie j’aime avoir les mains dans le cambouis donc j’aime aussi y mettre les mains de mes comédiens. Filmer quelqu’un qui ne serait rien reviendrait, pour moi, à filmer la dépression. Une oisiveté pure sans rien derrière raconterait quelque chose de l’ordre de la dépression. Et je ne suis pas sûre d’avoir envie de la filmer, du moins sous cet angle. »

Il y a beaucoup de métaphores dans vote film. Diriez-vous que c’est votre « marque de fabrique » ?

« C’est compliqué. Il faudrait que j’ai du recul sur moi-même pour dire que c’est ma marque de fabrique. Je découvre mon univers au fur et à mesure que je le fabrique. Je crois que la métaphore m’amuse. J’aime bien en user dans ma vie. C’est quelque chose de l’ordre du jeu. Je trouve plutôt amusant que le spectateur soit complice de cette métaphore, que ce soit des métaphores assumées et non des choses inconscientes que l’on fait passer. Bien entendu, je laisse, sans doute malgré moi, une part d’inconscient mais j’aime aussi ce qui m’échappe. Heureusement le spectateur s’empare parfois de mes films en me disant que j’ai fait une chose à laquelle je n’avais pas forcément pensé. »

Pensez-vous parvenir à lâcher prise au fil de vos réalisations ?

« J’ai la sensation d’avoir moins besoin de me prouver à moi-même que je suis réalisatrice. J’ai l’impression que ma mise en scène est moins démonstrative. J’accepte l’idée qu’elle soit plus simple, en apparence en tout cas, puisqu’elle reste très réfléchie. »

Certains de vos personnages sont plutôt décalés…

« C’est sans doute mon univers. Je m’autorise une forme de fantaisie. J’essaye d’être juste dans les relations que les personnages entretiennent les uns avec les autres mais je m’autorise à me décaler un peu du réel et à sortir du cadre. Dans le film c’était un risque à prendre. Avec mon producteur, on s’est posés la question lorsque j’ai choisi Esteban qui est un personnage très singulier et qui dénotait par rapport aux autres acteurs. Au final, je ne le regrette pas une seconde. Je pense qu’il est tellement brillant que, si les réalisateurs parviennent à être audacieux, une carrière plus large qu’il n’y paraît s’offre à lui. »

Vous abordez le thème de la paternité. Le fait qu’il n’y ait pas de mères vous a-t-il permis de montrer la sensibilité voire la vulnérabilité des pères ?

« Je ne me suis pas posé la question comme ça. Je voulais parler des pères. Le point de départ est l’histoire de mon ami qui a découvert à 50 ans que son père n’était pas son père et s’est mis à la recherche de son père biologique. Cette histoire m’a touchée comme le rapport de cet homme avec ses deux pères. Cela m’a poussée à m’interroger sur qu’est-ce qu’être père. Est-ce avoir élevé son enfant ? Les liens du sang avant toute chose ? Chacun des pères a un rapport particulier avec sa propre fille. »

Ne sont-ils pas mieux à élever leurs enfants tout seul ?

« Non. J’ai la sensation que les mères brillent par leur absence dans le film. Au fond, elles leur manquent. Le personnage de François Damiens vit en couple avec sa fille, le personnage de Cécile De France vit, à sa manière, également en couple avec son propre père et les filles comblent le manque de femmes. Elles ne peuvent donc pas s’émanciper. Juliette, en refusant d’avoir un père pour son enfant, provoque son propre père en lui faisant passer un message. Elle le pousse dans ses retranchements. »

La juste place est un thème récurrent dans vos longs métrages…

« Oui, c’est une thématique qui me tient à cœur. Quelle est la place à laquelle nos parents nous mettent et comment faire pour s’en émanciper et trouver sa juste place au sein d’une famille. »

Parlez nous de la musique…

« Il y a une musique qui était là dès le scénario : le Papageno de Mozart. Elle était uniquement là pour ses « papapapapapa ». Le Vivaldi était une musique que j’avais entendue dans L’Enfant sauvage de François Truffaut. Je voulais une musique dynamique et mélancolique en demi teinte. Ce n’était pas simple pour Eric Slabiak de faire sa place parmi ces morceaux. Je lui ai demandé de s’inspirer des musiques des comédies sentimentales des années 1970 qui ont baigné mon enfance. Il y a ce mélange de musiques un peu gaies et un peu tristes qui ressemblent à l’esprit du film. »

Définiriez vous plutôt votre film comme une comédie ?

« C’est plutôt une comédie, oui. Ce n’est clairement pas un drame cette histoire. Il y a de la tristesse, de la mélancolie, mais ce n’est clairement pas un drame. »

Le film est dédicacé « A Didier et ses pères »…

« Oui, Didier est l’ami qui m’a inspiré ce film. Dans l’histoire, le personnage qui porte son nom est un clin d’œil. Cela m’amusait que ce personnage porte son prénom. »

 

 

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